Le premier feu, vu par la chatte.
Feu ! Te voici revenu, plus haut que mon souvenir, plus cuisant et plus proche que le soleil ! Feu ! que
tu es splendide ! Par pudeur, je cache ma joie de te revoir, je ferme à demi mes yeux où la lumière
amincit ma prunelle. Mon ronron discret se perd dans ton crépitement. Ne pétille pas trop, ne crache
pas d'étincelles sur ma fourrure ; sois clément, feu varié, que je puisse t'adorer sans (voir cette leçon en complément sur les accords après "sans") crainte ...
Je sais, puisque je suis chat, tout ce qui vient derrière toi, feu. Je prévois l'hiver que j'accueille d'une
âme inquiète, mais non sans (voir cette leçon en complément sur les accords après "sans") plaisir. En son honneur, déjà ma robe croît et s'embellit. Mes rayures brunes deviennent noires et le poli de mon ventre passe en beauté tout ce qui s'est vu jamais.
COLETTE.
Orthographe - Points d'attention
- Feu ! : avec une majuscule car en début de phrase et avec un point d'exclamation
- croît : accent circonflexe sur le "i"
- s'embellit : deux "l" et "-it" à la fin
Grammaire & Conjugaison
- te voici revenu : accord du participe passé avec le sujet "tu" (sous-entendu)
- que tu es splendide : "que" exclamatif suivi de l'indicatif présent
- je cache : 1ère personne du singulier au présent de l'indicatif
- je ferme : 1ère personne du singulier au présent de l'indicatif
- amincit : 3ème personne du singulier au présent de l'indicatif
- se perd : verbe pronominal au présent
- puisse : 1ère personne du singulier au subjonctif présent
- je suis : 1ère personne du singulier au présent de l'indicatif
- croît : 3ème personne du singulier au présent de l'indicatif du verbe croître (et non croire)
- s'embellit : verbe pronominal, 3ème personne du singulier au présent de l'indicatif
Le temps principal
Le présent de l'indicatif est le temps dominant dans ce texte.
Règle d'emploi : Le présent de l'indicatif est utilisé pour décrire des actions qui se déroulent au moment où l'on parle. Dans ce texte, il permet de traduire l'immédiateté des sensations et des émotions du chat face au feu. Il confère une grande vivacité au texte et une impression de proximité avec le lecteur.
Exemples dans le texte : "je cache", "je ferme", "se perd", "je sais", "je suis", "je prévois", "croît", "s'embellit", etc.
Homophones potentiellement difficiles
- plus (haut) : adverbe de comparaison
Pourrait être confondu avec "plu" (participe passé de plaire)
Astuce : "plus" indique une quantité ou une comparaison, "plu" s'utilise avec avoir
- où (la lumière) : pronom relatif indiquant le lieu
Pourrait être confondu avec "ou" (conjonction d'alternative)
Astuce : "où" avec accent indique un lieu ou un moment, "ou" sans accent peut être remplacé par "ou bien"
- sans (crainte/plaisir) : préposition indiquant l'absence
Pourrait être confondu avec "cent" (nombre) ou "sang" (liquide)
Astuce : "sans" est une préposition suivie d'un nom ou d'un verbe à l'infinitif
- sais (puisque je suis chat) : verbe savoir au présent
Pourrait être confondu avec "sait" (3ème personne), "ces" (déterminant), "ses" (possessif), "c'est" (présentatif)
Astuce : vérifier la personne (je ? sais), remplacer par "je connais"
- croît (et s'embellit) : verbe croître au présent
Pourrait être confondu avec "croit" (verbe croire)
Astuce : "croît" (avec accent) signifie "grandit", "croit" (sans accent) signifie "pense que c'est vrai"
Les accords après "sans"
Après la préposition "sans", deux cas se présentent :
- Quand "sans" est suivi d'un nom : le nom reste invariable s'il s'agit d'une notion abstraite.
Exemple : "sans crainte" - "crainte" reste au singulier car c'est une notion abstraite.
- Quand "sans" est suivi d'un infinitif : l'infinitif reste invariable.
Exemple : "sans voir" - le verbe reste à l'infinitif.
Dans notre texte : "sans crainte" et "sans plaisir" - les deux noms restent au singulier car ce sont des notions abstraites.
Ponctuation
Le texte utilise abondamment les points d'exclamation pour traduire l'enthousiasme et l'émotion du chat face au feu.
Les points-virgules séparent des propositions liées par le sens mais grammaticalement indépendantes.
Les virgules sont utilisées pour rythmer le texte et séparer les apostrophes au feu.
Vocabulaire et expressions
- cuisant : qui cause une sensation de brûlure, vive, ardente
- pudeur : sentiment de retenue, de réserve
- prunelle : la pupille de l'œil
- ronron : bruit sourd et continu que fait le chat quand il est content
- crépitement : bruit sec produit par le feu qui brûle
- pétiller : produire de petits bruits secs et répétés (comme le feu)
- clément : doux, indulgent
- adorer : aimer avec passion, vénérer
- robe : pelage d'un animal (ici le chat)
- rayures : bandes de couleur différente
- poli : caractère lisse et brillant d'une surface
Style et analyse
Le texte est écrit à la première personne du singulier ("je") du point de vue d'un chat qui s'adresse directement au feu, personnifié par le "tu". Cette prosopopée (figure de style qui consiste à faire parler un objet, un animal ou un être inanimé) donne une grande originalité au texte.
Le style est poétique, avec de nombreuses apostrophes au feu et des phrases exclamatives qui traduisent l'émotion et la fascination du chat. Les descriptions sont sensorielles, faisant appel à la vue, à l'ouïe et au toucher.
Colette utilise un vocabulaire riche et précis pour décrire les sensations du chat et son rapport au feu et à l'hiver.
Contexte littéraire
Ce texte est extrait d'une œuvre de Colette, écrivaine française connue pour ses descriptions sensorielles et sa capacité à se mettre dans la peau des animaux, particulièrement des chats qu'elle adorait. Ce passage illustre parfaitement son talent pour saisir les sensations animales et les traduire en langage humain, tout en créant une atmosphère poétique et intimiste.
Anecdotes
- Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954) était une grande amoureuse des chats et en a possédé plusieurs tout au long de sa vie. Ils apparaissent fréquemment dans ses œuvres.
- Colette était connue pour son style d'écriture sensoriel et sa capacité à décrire avec précision les sensations physiques, ce qui est particulièrement visible dans ce texte où le chat décrit ses réactions au feu.
- Ce texte provient probablement de son recueil "La Chatte" (1933) ou "Dialogues de bêtes" (1904), deux œuvres où elle donne la parole aux animaux.
- Les chats sont particulièrement sensibles à la chaleur et aiment se prélasser près des sources de chaleur comme les feux de cheminée, ce qui explique la joie du narrateur-chat dans ce texte.
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