Ce jour-là, ils traînaient le long des chemins et leurs pas semblaient alourdis de toute la
mélancolie du temps, de la saison et du
paysage.
Quelques-uns cependant, les grands, étaient déjà dans la cour de l'école et discutaient avec
animation. Le père Simon, le maître, sa calotte
en arrière et ses lunettes sur le front, dominant
les yeux, était installé devant la porte qui
donnait sur la rue. Il surveillait l'entrée,
gourmandait les traînards, et, au fur et à
mesure de leur arrivée, les petits garçons,
soulevant leur casquette, passaient devant lui,
traversaient le couloir et se répandaient dans la cour.
Louis PERGAUD, La guerre des boutons
Orthographe et difficultés lexicales
- traînaient : Verbe avec accent circonflexe sur le "i" (marque d'un ancien "s" étymologique).
- alourdis : Participe passé du verbe "alourdir", ne pas oublier le "s" final (accord).
- mélancolie : Mot d'origine grecque, attention au "é" et au "ie" final.
- cependant : Mot invariable.
- calotte : Nom féminin avec deux "t".
Homophones fréquents
| Homophone utilisé |
Pourrait être confondu avec |
Astuce |
| leurs (déterminant possessif) |
"leur" (singulier) / "l'heure" (nom) |
"Leurs pas" indique une possession au pluriel. On peut vérifier en remplaçant par "à eux" : "les pas à eux". "L'heure" s'utilise avec l'article défini. |
| et (conjonction) |
"est" (verbe être) |
"Et" coordonne deux éléments. "Est" peut être remplacé par "était" : "le temps était la saison..." |
| sa (déterminant possessif) |
"ça" (pronom démonstratif) |
"Sa calotte" indique la possession par le maître. "Ça" est une forme de "cela". |
| qui (pronom relatif) |
"qu'il" (que + il) |
"Qui" introduit une proposition relative : "la porte qui donnait". "Qu'il" serait suivi d'un verbe dont "il" est sujet. |
| sur (préposition) |
"sûr" (adjectif) |
"Sur la rue" indique une position. "Sûr" qualifie ce qui est certain, avec un accent circonflexe. |
Grammaire et conjugaison
Temps dominant : l'imparfait de l'indicatif
Ce temps est largement utilisé dans ce texte descriptif : "ils traînaient", "leurs pas semblaient", "étaient déjà", "discutaient", "était installé", "surveillait", "gourmandait", etc.
Règle d'emploi : L'imparfait en français permet d'exprimer :
- Une action ou situation passée dont on ne précise ni le début ni la fin
- Une description dans le passé (décor, personnages, atmosphère)
- Des actions habituelles ou répétées dans le passé
- Le cadre temporel d'un récit, souvent pour introduire une action au passé simple
Dans cet extrait de Pergaud, l'imparfait sert à décrire l'ambiance, le décor et les actions habituelles qui se déroulent à l'entrée de l'école.
Autres éléments grammaticaux à noter
- Emploi du participe présent : "dominant les yeux" - exprime une action simultanée à celle du verbe principal.
- Propositions relatives : "qui donnait sur la rue" - complète le nom "porte" ; "qui traînaient" - complète le pronom "ils".
- Compléments circonstanciels : "le long des chemins" (lieu), "Ce jour-là" (temps), "avec animation" (manière).
- Gérondif : "en soulevant" - indique le moyen ou la manière.
- Expression figée : "au fur et à mesure" - locution adverbiale indiquant la progression.
- Accord du participe passé : "alourdis" s'accorde avec "pas" (leurs pas semblaient alourdis).
Enrichissement du vocabulaire
- Mélancolie : État de tristesse vague, de dépression. Du grec "melankholía" (bile noire), reflétant l'ancienne théorie des humeurs qui associait la tristesse à un excès de bile noire.
- Calotte : Petit bonnet sans bord et souvent sans visière. Terme dérivé de "cale" (coiffe), désignant ici le couvre-chef traditionnel des instituteurs d'autrefois.
- Gourmander : Réprimander, gronder, adresser des reproches. Originellement lié à la gourmandise (reproche d'excès), le terme s'est étendu à toute réprimande.
- Traînards : Personnes qui restent en arrière, qui marchent lentement. Dérivé du verbe "traîner", ce terme évoque ici les élèves retardataires.
- Au fur et à mesure : Locution signifiant "progressivement, petit à petit". Expression dont l'origine remonte au vocabulaire juridique médiéval : "fur" vient du latin "forum" (tribunal).
Analyse stylistique
Cet extrait de "La guerre des boutons" (1912) illustre parfaitement le style de Louis Pergaud :
- Description atmosphérique : L'auteur établit d'emblée une ambiance par la correspondance entre l'état d'esprit des enfants et le paysage : "leurs pas semblaient alourdis de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage".
- Rythme ternaire : "de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage" - accentue l'impression de pesanteur.
- Portrait vivant : Le maître d'école (père Simon) est décrit avec précision et réalisme : "sa calotte en arrière et ses lunettes sur le front".
- Dynamisme narratif : La scène quotidienne de l'entrée à l'école est rendue avec vivacité grâce aux verbes d'action : "traînaient", "discutaient", "surveillait", "gourmandait".
- Regard ethnographique : Pergaud documente ici les rituels scolaires du début du XXe siècle dans la France rurale.
"La guerre des boutons", chef-d'œuvre de Pergaud, raconte les rivalités entre deux bandes d'enfants de villages voisins dans le Jura. Cette œuvre mêle réalisme rural, psychologie enfantine et humour.
Ecouter à nouveau l'enregistrement de la dictée ici 
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