J.M.G. Le Clézio, Printemps et autres saisons, Gallimard, 1989.
Remarque : la narratrice est une jeune fille.
Ce que j'aimais le plus, c'était voir le soleil se coucher à l'ouest, sur les collines qui deviennent comme des nuages bleus. La maison de ma mère est un appartement au sixième étage, sous les toits, sans vue et presque sans soleil. Il y a deux petites fenêtres basses, fermées par des grillages à cause des rats. Je me souviens ce que j'ai ressenti quand je suis entrée dans cet appartement pour la première fois. Non pas pour passer, comme quand on va voir une pauvresse, mais pour y vivre, pour y rester des mois, des années. Un désespoir comme jamais je n'avais imaginé, un trou noir, je tombais en arrière sans (voir cette leçon en complément sur les accords après "sans") espoir de pouvoir remonter.
C'était le plein hiver, il pleuvait, la nuit tombait tôt. La nuit semblait monter de tous les soupiraux, des portes des maisons pour envahir les ruelles de la vieille ville.
Orthographe - Points d'attention
- c'était : Ne pas oublier l'apostrophe (contraction de "ce" et "était")
- sixième : Avec un accent circonflexe et un "è"
- désespoir : Avec un accent aigu sur le premier "e"
- pauvresse : Féminin de "pauvre", orthographe peu courante
- soupiraux : Pluriel irrégulier de "soupirail" (terminaison en -aux)
- ruelles : Double "l" dans ce mot
- envahir : Ne pas oublier le "h"
Grammaire & Conjugaison
- j'aimais, c'était, deviennent, n'avais imaginé, tombais : Verbes à l'imparfait
- est : Verbe au présent (rupture temporelle délibérée)
- ai ressenti, suis entrée : Verbes au passé composé
- je me souviens ce que : Construction particulière (on attendrait plutôt "je me souviens de ce que")
- suis entrée : Accord du participe passé avec le sujet (verbe avec auxiliaire être)
- sans espoir : Groupe nominal complément circonstanciel introduit par "sans"
Le temps principal : l'imparfait
L'imparfait est le temps dominant dans ce texte. En français, l'imparfait s'utilise pour :
- Décrire une situation ou un cadre dans le passé
- Exprimer une action habituelle ou répétitive dans le passé
- Exprimer une action en cours dans le passé
Astuce : Les terminaisons de l'imparfait sont toujours : -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient
Jeu de temps verbaux
Ce texte présente une structure temporelle intéressante :
- Imparfait pour les descriptions et les habitudes passées ("j'aimais", "c'était")
- Présent pour la description de l'appartement ("est", "il y a") - effet stylistique qui rend l'appartement toujours présent dans l'esprit de la narratrice
- Passé composé pour les actions ponctuelles passées ("ai ressenti", "suis entrée")
Note sur "sans"
Le texte contient la parenthèse "(voir cette leçon en complément sur les accords après "sans")" qui fait référence à une règle grammaticale : après la préposition "sans", le participe qui suit reste invariable (il ne s'accorde pas). C'est pourquoi on écrit "sans espoir" et non "sans espoirs".
Homophones potentiellement difficiles
| Homophone du texte |
Pourrait être confondu avec |
Astuce |
| ce que |
ce qui |
"Ce que" introduit un complément d'objet. "Ce qui" introduit un sujet. |
| c'était |
s'était |
"C'était" = "cela était". "S'était" implique le pronom "se" (verbe pronominal). |
| et |
est |
"Et" est une conjonction de coordination. "Est" est une forme du verbe être. |
| à |
a |
"À" est une préposition. "A" est une forme du verbe avoir. |
| sans |
cent, sang, s'en |
"Sans" est une préposition qui marque l'absence. "Cent" est un nombre. |
| quand |
quant (à), qu'en |
"Quand" indique un moment temporel. "Quant à" peut être remplacé par "en ce qui concerne". |
Ponctuation
- Utilisation des virgules pour structurer les énumérations et les propositions
- Présence d'une parenthèse qui fait office de commentaire métatextuel
Vocabulaire et expressions
- pauvresse : Femme pauvre, indigente (terme vieilli et peu courant)
- désespoir : Sentiment de perte totale d'espérance, abattement profond
- soupiraux : Ouvertures pratiquées dans les murs au niveau du sol pour aérer et éclairer les caves
- plein hiver : Cœur de l'hiver, période la plus froide
- ruelles : Petites rues étroites
Style et analyse
Ce texte présente plusieurs caractéristiques stylistiques notables :
- Le contraste entre les collines et le soleil couchant (beauté, liberté) et l'appartement sombre et exigu (enfermement)
- La personnification de la nuit qui "monte" et "envahit"
- Les métaphores du "trou noir" et de la chute pour exprimer le désespoir
- Le rythme ternaire : "des mois, des années", "des soupiraux, des portes des maisons, [...] les ruelles"
Contexte littéraire
"Printemps et autres saisons" est un recueil de nouvelles de J.M.G. Le Clézio publié en 1989. Il réunit cinq textes qui évoquent principalement le monde de l'enfance et de l'adolescence. Le Clézio, Prix Nobel de littérature en 2008, est connu pour son écriture sensible qui mêle souvent descriptions de la nature et ressenti intime des personnages, comme on peut le voir dans cet extrait où le cadre spatial est fortement marqué par les émotions de la narratrice.
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