Annale brevet des collèges 2012
Puis, une clameur s'éleva, où l'on distinguait les voix aiguës et les sauts de joie des enfants. Et il y eut une rentrée triomphale : Gervaise portait l'oie, les bras raidis, la face suante, épanouie dans un large rire silencieux ; les femmes marchaient derrière elle, riaient comme elle ; tandis que Nana, tout au bout, les yeux démesurément ouverts, se haussait pour voir. Quand l'oie fut sur la table, énorme, dorée, ruisselante de jus, on ne l'attaqua pas tout de suite.
Emile Zola, L’Assommoir (1877).
Difficultés orthographiques
- s'éleva : ne pas oublier l'accent aigu
- aiguës : attention au tréma sur le "ë" et à l'accord au féminin pluriel
- triomphale : attention au "ph" et non "f"
- raidis : ne pas confondre avec "raidis" ou "rédis"
- suante : du verbe "suer", participe présent accordé
- épanouie : attention à l'accord au féminin
- démesurément : adverbe avec accent aigu et terminaison en "ment"
- ruisselante : double "s" et terminaison "ante" au féminin
Difficultés grammaticales
- s'éleva : accord du verbe pronominal avec son sujet "une clameur" (féminin singulier)
- où l'on distinguait : pronom relatif "où" et emploi de "l'on" pour l'euphonie
- il y eut : expression impersonnelle au passé simple
- bras raidis, face suante, épanouie : suite d'adjectifs et de participes accordés
- les femmes marchaient... riaient : accord des verbes avec le sujet pluriel
- se haussait : verbe pronominal à l'imparfait
- l'oie fut : passé simple du verbe être, 3e personne du singulier
- on ne l'attaqua pas : négation complète avec le pronom "l'" (l'oie) placé avant le verbe
Ponctuation
- Passage riche en ponctuation : virgules, deux-points, point-virgule
- Structure complexe avec énumération après deux-points : "Gervaise portait l'oie, les bras raidis, la face suante, épanouie"
- Point-virgule pour séparer des propositions liées au niveau du sens : "rire silencieux ; les femmes marchaient"
Homophones à surveiller
| Dans le texte |
Possibles confusions |
Astuce |
| où (pronom relatif) |
ou (conjonction) |
"Où" prend un accent quand il indique un lieu ou un moment |
| l'on (pronom indéfini) |
long (adjectif) |
"L'on" peut être remplacé par "on" |
| et (conjonction) |
est (verbe être), ai (verbe avoir) |
"Et" ne peut pas être remplacé par "était" |
| eut (passé simple avoir) |
eu (participe passé) |
"Eut" est la forme conjuguée (il eut), "eu" est le participe |
| tout (adverbe) |
tous (pronom), toux (nom) |
Ici "tout" est invariable car adverbe (= entièrement) |
| oie (nom féminin) |
oui (affirmation) |
"Oie" est l'animal (la volaille) |
Vocabulaire intéressant
- clameur : grand cri, brouhaha intense de voix
- triomphale : qui évoque un triomphe, grandiose, majestueuse
- raidis : tendus, rigides
- suante : couverte de sueur
- épanouie : qui exprime le contentement, la satisfaction
- démesurément : de façon excessive, très grand
- se haussait : s'élevait sur la pointe des pieds
- ruisselante : qui coule abondamment
Anecdote sur le vocabulaire
Le mot clameur vient du latin "clamor" et désignait à l'origine un cri collectif. Dans l'ancien droit français, la "clameur de haro" était un appel à l'aide crié à haute voix pour dénoncer publiquement un méfait. Zola utilise ce terme pour traduire l'excitation collective face à l'arrivée de l'oie, plat principal du festin attendu par tous.
Temps verbaux
Les temps dominants dans ce texte sont :
- Le passé simple ("s'éleva", "eut", "fut", "attaqua") pour les actions principales, ponctuelles
- L'imparfait ("distinguait", "portait", "marchaient", "riaient", "se haussait") pour les actions secondaires et les descriptions
Règle d'emploi du passé simple et de l'imparfait en français
Ce texte illustre parfaitement l'alternance classique entre passé simple et imparfait dans la narration littéraire :
- Le passé simple est utilisé pour les actions principales qui font avancer le récit : la clameur qui s'élève, la rentrée triomphale qui a lieu, le moment où l'oie est posée sur la table.
- L'imparfait est utilisé pour décrire les circonstances, l'arrière-plan, les actions secondaires ou simultanées : on distinguait les voix, Gervaise portait l'oie, les femmes marchaient et riaient, Nana se haussait.
Style et figures de style
- Accumulation : "les bras raidis, la face suante, épanouie dans un large rire silencieux"
- Personnification : "on ne l'attaqua pas" (l'oie est présentée comme pouvant être attaquée)
- Rythme ternaire : "énorme, dorée, ruisselante de jus"
Astuces pour la dictée
Pour cette dictée, soyez particulièrement attentifs :
- À la conjugaison au passé simple, temps littéraire peu utilisé à l'oral
- Aux accords des participes et adjectifs, nombreux dans ce texte
- À la ponctuation riche et variée (points-virgules, deux-points)
- Au tréma sur "aiguës"
- Aux doubles consonnes dans "ruisselante"
Contexte littéraire
Cet extrait de L'Assommoir (1877) fait partie des Rougon-Macquart, cycle romanesque d'Émile Zola. La scène décrit un moment festif chez Gervaise, personnage central du roman. L'oie représente un luxe rare dans ce milieu ouvrier du XIXe siècle, d'où l'importance de cette "rentrée triomphale". Le style de Zola, naturaliste, se caractérise par des descriptions précises et sensorielles (vue, ouïe, sensation) qui donnent vie à la scène avec un réalisme saisissant.
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